La feuille qui faisait oublier l’altitude

Une fois arrivé à l’aéroport de La Paz, situé à 4 000 mètres d’altitude, vous risquez de ressentir dans les heures qui suivent le fameux soroche, appelé plus communément mal des montagnes. Les symptômes seront les suivants : mal de tête, nausées, grande fatigue et l’impression d’avoir réalisé l’ascension d’une montagne en gravissant simplement quelques marches.

Cette désagréable sensation vient du fait que l’air que vous respirez à cette altitude est significativement plus pauvre en oxygène. Si nous prenons comme exemple la ville de La Paz, la concentration en oxygène y est environ 40 % plus faible qu’au niveau de la mer. Votre corps va ainsi subir ce manque pendant quelques jours. Mais ne vous inquiétez pas, dans la majorité des cas, il va finir par s’y accoutumer.

En attendant que votre corps s’adapte, une solution existe pour limiter les effets du soroche … la feuille de coca. Oui, oui, nous parlons bien ici de la plante à l’origine de la cocaïne et du Coca Cola (même si cette boisson ne contient plus « officiellement » d’extraits de feuilles de coca depuis plus d’un siècle).

Appelée Mama inala en quechua, cette feuille verte provient d’un petit arbre (entre un et quatre mètres) se développant dans la Cordillère des Andes à une altitude comprise entre 300 et 2 000 mètres. Du fait de ses nombreuses vertus, cette plante est considérée comme sacrée par de nombreux peuples amérindiens depuis plus de 5 000 ans !

deamuseum.com
Champ de coca bolivien (crédits : deamuseum.com)

Une de ses vertus étant de diminuer le fameux soroche, vous ne serez donc pas surpris de croiser régulièrement des Boliviens machânt la feuille de coca, ou l’absorbant sous forme de tisane.

Mais pourquoi donc cette plante limite-elle le mal des montagnes ? Afin de répondre à cette question, plusieurs instituts de recherche, tels que le CNRS et l’IRD, ont étudié en détail la feuille de coca. Les résultats obtenus ont mis en évidence que cette plante possédait des molécules naturelles bien particulières, appelées alcaloïdes, dont la plus connue, et aussi la plus concentrée, est la cocaïne. La mastication, ou la prise sous forme d’infusion, de la feuille de coca entraine donc l’ingestion d’une faible dose de cocaïne dans l’organisme. Par exemple, chaque sachet de maté de coca (infusion) contient entre 0,11 et 2,96 mg de cocaïne. Mais ne vous inquiétez pas, cette absorption reste largement inférieure à la prise directe de cette drogue.

intifrance.free.fr
En plus de se mâcher, les feuilles de coca peuvent se prendre sous forme d’infusions (crédits : intifrance.free.fr)

La présence de cocaïne dans l’organisme va avoir pour effet de stimuler le système respiratoire, améliorant par la même occasion l’endurance du consommateur de coca. Un autre effet significatif va être de booster la circulation sanguine en favorisant la production de globules rouges dans le sang. Ces derniers, en transportant l’oxygène des poumons vers les différents organes et tissus du corps humain, vont permettre une meilleure oxygénation générale de l’organisme. Voilà pourquoi l’usage de cette feuille revêt une grande importance pour lutter contre le soroche.

La production de cette plante en Bolivie est néanmoins sujette à quelques crispations. Etant à la base de la fabrication de la cocaïne, la feuille de coca est considérée comme substance illicite par la convention sur les stupéfiants de l’ONU depuis 1961. Sa production, sa vente et sa consommation à l’échelle mondiale sont donc prohibées. Afin de défendre le droit des Boliviens de consommer cette plante, Evo Morales, actuel président de la Bolivie et ancien producteur de coca, a brandi et mastiqué une feuille lors d’une réunion des Nations Unies en 2009. Cette intervention n’a pas été veine, car en 2013 la Convention unique sur les stupéfiants de l’Organisation des Nations Unies a de nouveau autorisé la cultivation de la feuille de coca pour la consommation traditionnelle des paysans andins.

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Evo Morales

Plus d’informations :

http://www.actulatino.com/2013/01/14/bolivie-la-consommation-traditionnelle-de-la-feuille-de-coca-est-autorisee-par-l-onu/

http://www.suds-en-ligne.ird.fr/fr/plantes/valorisa/coca01.htm

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