La question épineuse de la mer en Bolivie

Au cours de notre passage par La Paz, capitale de la Bolivie, nous sommes tombés sur un musée plutôt inattendu : le musée du littoral bolivien. Pourtant pas de traces de plages ou de côtes en Bolivie… ce pays est l’un des rares en Amérique du sud, avec le Paraguay, qui ne dispose pas d’accès direct à la mer.

Globedia

Remontons dans le temps pour mieux comprendre la raison d’être de ce musée…

Un accès à la mer perdu lors de la Guerre du Pacifique

Jusqu’en 1883, la Bolivie a, en effet, disposé d’un accès au littoral, bordé par le Pérou au nord et le Chili au sud. On trouve dans cette province d’Atacama plusieurs ressources forts convoitées à l’époque, dont le salpêtre, très utile pour fabriquer des explosifs, et du guano. Plusieurs investisseurs chiliens sont présents et exploitent ces ressources sur le territoire bolivien.

Lorsque la Bolivie prend l’initiative d’augmenter les impôts pour ces investisseurs, les relations avec le Chili, qui convoitait cette région riche en ressources, virent à la crise diplomatique. La Bolivie décide de liquider les entreprises qui refuseraient de se soumettre à l’impôt. En réponse, le Chili envahit le port d’Antofagasta. La Bolivie, puis le Pérou, entrent alors en guerre contre le Chili.

Nous sommes en 1879 et jusqu’en 1883, ces trois pays vont s’affronter au cours de la Guerre dite du Pacifique. Si le Pérou remporte quelques batailles navales, comme celle d’Iquique, le Chili prend l’avantage sur terre et sur mer.

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Lors de la bataille d’Iquique, le Huáscar, commandé par le péruvien Miguel Grau Seminario, réussit à couler La Esmeralda, voilier chilien. Oeuvre de Thomas Somerscales.

Suite à ce conflit, le Pérou et la Bolivie sont amputés de leur façade maritime, en partie pour le Pérou, et en totalité pour la Bolivie. Un traité entre le Chili et la Bolivie entérine en 1904 la cession de 120 000 km² au Chili. En contrepartie, celui-ci construit une voie de chemin de fer entre La Paz et le littoral, et garantit l’usage gratuit du port d’Antofagasta aux Boliviens.

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Source : https://elpais.com/internacional/2015/09/24/actualidad/1443103573_103868.html

 

La mer, un souvenir encore dans les mémoires

Pour la Bolivie, la perte de cette façade maritime reste une blessure profonde, en plus d’un handicap économique.

Chaque année, le día del mar célèbre l’anniversaire de la perte du littoral bolivien le 23 mars. Cette date a été choisie en hommage à l’un des héros de la Guerre du Pacifique, le Colonel Eduardo Avaroa, mort au combat le 23 mars 1879. Soit dit entre parenthèses, nous avons arrêté de compter le nombre de rues Avaroa que nous avons croisées en Bolivie.

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La place Avaroa à La Paz, décorée pour le día del mar. Source : EABolivia.

Dans le petit musée du littoral de La Paz, on découvre des cartes anciennes du temps où le pays avait un accès à la mer, des armes, des drapeaux et des tenues de soldats ayant combattu pendant la Guerre du Pacifique.

Plus récemment, une campagne officielle de communication clamait le slogan « Mar para Bolivia ».

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Source : Ministerio de Comunicación Bolivia.

Enfin, on peut rajouter à ces symboles le drapeau de revendication maritime de la Bolivie ou encore la chanson « Mar para Bolivia » interprétée par plusieurs artistes nationaux.

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Source : Los Tiempos.

Des négociations tendues entre Bolivie et Chili

Malgré plusieurs tentatives de négociations, la situation est restée figée depuis le traité de 1904. Tout au long du XXème siècle, les relations entre la Bolivie et son voisin chilien n’ont cessé de se dégrader, allant jusqu’à la rupture pure et simple des relations diplomatiques entre eux depuis 1978.

C’est en 2013 que l’affaire prend un tournant juridique, lorsque la Bolivie dépose une plainte auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye. En 2015, la Cour confirme qu’elle est compétente pour examiner cette plainte. L’objectif pour les juges n’est pas de trancher sur l’attribution ou non d’un territoire à la Bolivie, mais de décider si oui ou non les deux pays doivent se mettre autour de la table pour négocier.

La décision se fait attendre avec impatience dans les deux camps mais la procédure est très longue. Au cours du mois de mars 2017, la Bolivie a remis à la Cour son dossier d’argumentation. Le Chili avait jusqu’au 21 septembre 2017 pour remettre le sien, mettant ainsi fin à la phase écrite de la procédure. Dans les jours qui ont suivi, les médias boliviens reprenaient en boucle la réaction du président Evo Morales, qui affirmait qu’il n’y avait pas de surprises dans la réponse chilienne et s’estimait convaincu de la victoire bolivienne.

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La prochaine étape dans cette procédure est la phase orale, durant laquelle chaque pays devra défendre ses arguments devant les juges de la Cour. La décision sera ensuite attendue au cours du deuxième semestre 2018.

Peut-être un jour pourra-t-on se baigner ailleurs que dans les eaux thermales et le Lac Titicaca en Bolivie… Plus sérieusement, l’accès direct à la mer permettrait de désenclaver le pays et d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques. Affaire à suivre…

NB : Un seul regret pour nous, ne pas avoir eu l’occasion d’entendre le point de vue chilien sur le sujet. Un autre voyage s’impose… 😉

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