Les curiosités du Sud-Lipez

Quand on pense au patrimoine naturel de la Bolivie une chose nous vient rapidement à l’esprit : le Salar d’Uyuni. Pour le visiter de nombreuses agences touristiques proposent des tours, allant de 4 à 5 jours, partant d’Uyuni ou de Tupiza. Même si c’est la possibilité de visiter le plus grand désert de sel qui motive la grande majorité des touristes, la plupart de la visite se déroule dans la province du Sud-Lipez, proche de la frontière entre la Bolivie et le Chili. Et ce que l’on peut dire … c’est que cette partie de la Bolivie vaut vraiment le détour !

IMG_7502
Anne-Claire nous présente la province du Sud-Lipez sur la carte de la Bolivie.

Afin d’éviter la foule, nous avons décidé de partir de Tupiza, petite ville située à l’extrème Sud de la Bolivie. Nous voilà donc partis pour 4 jours de 4×4, au cours desquels nous avons parcouru plus de 1000 km dans des paysages merveilleux. Plutôt que de vous décrire tout ce que nous avons vu et fait, nous vous proposons un petit BEST OF des curiosités qui nous ont marquées durant ce tour.

1- Llareta, la plante millénaire

La plupart du tour se déroulant à des altitudes supérieures à 4000 mètres d’altitude, nous avons essentiellement traversé des paysages désertiques. La faible concentration en oxygène, le froid et l’intensité du rayonnement ultra-violet limitent le développement de la végétation.

Néanmoins, nous avons été rapidement surpris par la présence d’une plante d’un vert éclatant en forme de boule. Yareta (Azorella compacta), connue en espagnol sous le nom de llareta, est une plante à fleurs poussant entre 3200 m et 5000 m d’altitude et qui présente une bonne adaptation aux fortes insolations. En effet, elle ne peut pas se développer là où il y a de l’ombre ! En poussant près du sol, là où l’air est moins froid, et sous forme de tapis dense, pour limiter la perte de chaleur, cette plante est tout à fait adaptée aux conditions extrêmes sévissant dans cette province.

llareta-exotic-flora-adaptation-San-Pedro-de-Atacama-Chile
Llareta de plusieurs centaines d’année…au moins ! (source : plantasyjardines.es)

La particularité de cette plante réside dans le fait qu’elle ne pousse que de 1 mm à 12 cm par an ! Certains spécimens pouvant faire jusqu’à 1,50 m de haut et présenter une surface 30 m², leurs âges ont ainsi été estimés à plus de 3000 ans.

Dans les Andes, la llareta est utilisée depuis des siècles comme une plante médicinale, permettant entre autres de traiter la fièvre, l’asthme et le diabète. Aujourd’hui protégée, elle a pendant longtemps été utilisée comme combustible par la population andine.

2- Le Lincancabur et la vie sur Mars

Point culminant de la réserve nationale andine Eduardo Avaroa, le volcan Lincancabur (5868 mètres) est caractérisé par la présence d’un lac de 5,2 mètres de profondeur au sein son cratère. A cette altitude, les conditions climatiques sont extrêmes. Le climat y est aride et froid (de -25° à 5°C le jour/ -45° à -25°C la nuit) et l’atmosphère à cette altitude étant plus pauvre en oxygène, la filtration du rayonnement ultra-violet se retrouve fortement diminuée.

L’insolation journalière en cette zone va donc être très forte, voir même l’ une des plus importante sur la planète. Malgré cela, l’eau du lac, qui a pour origine la fonte des glaces, ne gèle pas et présente même une température positive (+6°C) grâce à l’apport géothermique du volcan.

IMG_7599
Volcan Licancabur avec au premier plan la laguna verde (lagune verte).

En 1981, au cours de plongées effectuées dans les eaux du lac (considérées pendant de nombreuses années comme les plongées les plus hautes du monde), des scientifiques ont pu prélever des échantillons d’eau afin de les analyser au microscope. Et là, miracle, la présence de vie a été mise en évidence. Plusieurs organismes planctoniques, tels que des petites crevettes (les copépodes), des bactéries et des cyanobactéries, ont ainsi été répertoriés.

La présence de cette vie intéresse grandement les exobiologistes (étude de la vie sur d’autres planètes) de la Nasa. Ces derniers estiment en effet que les conditions environnementales qui entourent le lac sont relativement similaires à celles ayant pu se développer sur Mars quand l’eau liquide coulait à sa surface. C’est à dire il y a de cela plusieurs milliards d’années.

Dans le but de percer un peu plus les mystères de la vie de ce lac volcanique, de nouvelles plongées ont été menées en 2006. Et si la découverte de la vie sur Mars passait par une meilleure compréhension de la vie du cratère Licancabur ?

3- Sol de mañana ou la Terre à ses débuts

À plus de 4850 mètres d’altitude se trouve un champ géothermique exceptionnel, appelé sol de mañana. Du fait de l’activité volcanique relativement importante dans cette région, des panaches de vapeur d’eau pouvant mesurer plus de 50 mètres, appellés fumerolles, sortent de terre. Ces derniers laissent échapper des gazs riches en acides sulfuriques à des températures comprises entre 100° et 500°C ! C’est justement cette présence importante de soufre qui donne au lieu cette « agréable » odeur d’oeuf pourri…

IMG_7608
Fumerolles sortant de terre sur le site de sol de mañana. Le tout dans un décor désertique.

D’autres choses originales peuvent être observées, telle que la présence de mares de boues en ébullition. Dans ce lieu magique, caractérisé par une quasi absence de vie et une chaleur intense, il ne nous est pas difficile d’imaginer les conditions régnant sur notre bonne vielle planète peu de temps après sa formation.

4- Pourquoi les flamands sont-ils roses ?

Aux pieds des nombreux volcans que nous avons croisés durant notre périple nous avons pu observer de magnifiques lagunes : laguna verde, laguna blanca, laguna colorada pour ne citer qu’elles. Même si chacune d’entre-elles présente des caractéristiques bien différentes (composition de l’eau, couleur, etc.), elles possédaient toutes une chose en commun … la présence de flamands.

Mais attention ! Nous ne sommes pas ici face à des flamands roses. Ces derniers correspondent à une espèce bien particulière (Phoenicoparrus roseus) que l’on retrouve essentiellement dans les lagunes et lacs africains. Nous sommes ici face aux flamands du Chili (Phoenicopterus chilensis), de James (Phoenicoparrus jamesi) et des Andes (Phoenicopterus andinus). Nous ne rentrerons pas dans le détail de chacune de ces espèces, ces dernières se ressemblant fortement. Nous vous laissons plutôt profiter de la vue de ces animaux majestueux en photo.

 

IMG_7686
Flamands se nourissant dans la laguna colorada (lagune rouge).

Mais au fait, savez-vous pourquoi la grande majorité des flamands sont roses ? Ces derniers ne peuvent pas produire leurs pigments de couleurs tous seuls. Ceci est prouvé par la teinte grisâtre des flamands présents en captivité.Pour comprendre pourquoi les flamands possèdent cette couleur bien caractéristique, il est essentiel de parler un peu de la fameuse chaîne alimentaire.

Une algue microscopique, connue sous le nom de Dunaliella salina, se développe dans la plupart des lagunes où aiment vivre les flamands. Afin de se protéger des rayons ultra-violets et de la forte salinité, cette microalgue va produire une grande quantité de pigments rouges. Or, une petite crevette (Artemia salina), vivant elle aussi dans ces eaux, fait de ces Dunaliella salina son plat favori. Du fait de ce régime alimentaire exclusif, les artémias vont donc présenter une couleur comprise entre le rouge et le rose.

Et nos flamands dans tout cela ? Grâce à un bec high-tech doté d’un filtre, ils vont capter ces petits crustacés pour les manger. Leur régime alimentaire étant exclusivement composé de ce petit animal aquatique, les flamands vont donc à leur tout présenter des pigments rosés, donnant ainsi cette couleur rose caractéristique.

IMG_7657
Envol de flamands devant la laguna colorada.

5- Le salar d’Uyuni, ou le plus grand désert de sel au monde

Clou du spectacle de ces 4 jours à silloner le Sud-Ouest Bolivien : le salar d’Uyuni. Présentant une surface de 10 582 km2 (soit presque 2 fois la surface du Finistère), ce désert de sel est perché à une altitude moyenne de 3663 mètres. En gros, il vaut mieux être bien aclimaté à l’altitude avant de s’y aventurer. Mais pourquoi trouve t-on un désert de sel à cette altitude ? L’eau salée ça se trouve dans l’océan, pas dans les montagnes non ? Eh bien nous allons voir qu’avec le cycle de l’eau, tout n’est pas aussi simple.

IMG_7939
Du sel à perte de vue et des volcans en arrirère plan. Le paysage emblématique du Salar d’Uyuni.

Pour comprendre la formation de ce salar il faut remonter dans le temps, il y a de cela eviron 40 000 ans. A cette époque les conditions climatiques sévissant sur l’altiplano bolivien étaient beaucoup plus humides qu’elles ne le sont aujourd’hui. Du fait de précipitations plus importantes, un grand lac, appelé lac Minchin, s’est formé. Présentant une profondeur maximale de 140 mètres ce lac présentait alors une surface deux fois plus importante que celle du lac Titicaca.

N’étant pas relié à la mer par une rivière ou un fleuve, l’eau de pluie qui s’ accumulait dans le lac Minchin ne pouvait s’échapper que par évaporation. Or, en ruisselant sur les pentes des montagnes, et du fait de l’activité volcanique importante de la région, cette eau avait eu tout le temps de se charger en petites particules, appelées sels minéraux. Les sels minéraux étant trop lourds pour pouvoir s’évaporer, ils s’accumulaient donc dans les eaux du fleuve.

Il y a environ 20 000 ans le climat de la zone du lac a fortement changé, passant de tropical à désertique, soit le climat que nous connaissant de nos jours dans le salar d’Uyuni. Le lac n’étant plus rechargé en eau, le niveau a commencé à diminuer sous l’effet d’une intense évaporation. Les sels minéraux ne pouvant s’échapper, leur concentration a augmenté et ils se sont déposés dans le fond du lac. Une couche de sel de plusieurs mètres d’épaisseur s’est alors formée au cours du temps. De ce gigantesque lac il ne reste aujourd’hui plus que deux petites étendues d’eau, le lac Uru-Uru et le lac Poopó.

Cette étendue de sel est une atraction touristique majeure en Amérique du Sud. Cependant, elle est soumise depuis quelques années à la pression des groupes industriels et de l’avancement technologique. En effet, sous cette croute de sel est présente une solution saline (mélange d’eau et de sels minéraux en très forte concentration) riche en Chlorure de sodium, en Magnésium mais aussi et surtout en Lithium. Or, le Lithium représente un des constituants de base pour la fabrication des batteries utilisées pour les voitures électriques. Le salar d’Uyuni représente donc la plus grande réserve mondiale de cet élément (entre 8 et 140 milions de tonnes) qui va devenir de plus en plus demandé dans le futur.

Entre intérêts économiques, tourisme, protection de l’environnement et des populations, le Salar d’Uyuni n’a pas fini de faire parler de lui …

Publicités

Une réflexion sur “Les curiosités du Sud-Lipez

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s