La face cachée des terrasses

Au cours de notre visite des sites incas de la vallée sacrée (Moray, Ollantaytambo, Machu-Picchu, Choquequirao) nous avons été intrigués par une caractéristique architecturale : la présence de terrasses. La civilisation Inca a développé et amélioré cette technique déjà utilisée par d’autres cultures d’Amérique du sud afin de s’adapter à son territoire.

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Une petite partie des terrasses du site du Choquequirao.

A son apogée, l’empire Inca couvrait en effet une grande partie des hauts plateaux andins. D’une altitude moyenne supérieure à 3000 mètres, cet espace est marqué par des conditions climatiques froides et sèches, et donc peu propices au développement de l’agriculture. Aménagées astucieusement, les terrasses ont permis de tirer parti de cette géographie.

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Au second plan, les terrasses du fameux site du Machu Picchu.

Comment défier la pente ?

De loin, on pourrait croire que les terrasses sont une sorte d’escaliers géants. En réalité, leur construction est plus complexe. Si vous souhaitez vous prendre pour des Incas, voici quelques indications pour constuire une belle terrasse andine.

1- Tout d’abord, il vous faut un beau terrain montagneux marqué par une jolie pente.

2- Le long de cette pente, construisez un mur vertical en pierres de 2-3 mètres de haut.

3- Comblez l’espace entre le mur et la pente grâce à 3 couches égales de matériaux différents. La première couche doit être composée de graviers, la deuxième de sable et la troisième de terre. Cette superposition permettra, entre autres, une bonne infiltration des eaux pluviales et une meilleure aération des sols.

4- Pour finir, construisez des rigoles et des aqueducs pour réorienter la source la plus proche. Cela  permettra d’ apporter de l’eau en quantité jusqu’à vos terrasses.

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Vos terrasses sont constuites et opérationnelles. Si vous êtes aussi forts que les Incas, elles seront toujours là dans 600 ans ! Vous pouvez dès à présent semer vos premières graines. Mais une question se pose : pourquoi ce système était-il si efficace pour développer l’agriculture en altitude et contrer le manque d’eau et de chaleur ?

Un fonctionnement simple mais ingénieux

Au cours de la journée, les murs épais constituant la terrasse emmagasinent de la chaleur sous l’action de l’énergie solaire. La nuit, quand la température de l’air diminue fortement, cette chaleur est alors redistribuée sous forme de rayonnement, réduisant ainsi le froid et le gel au niveau des parcelles cultivées. Grâce à ce système, plus la terrasse est étroite, plus le sol sera chaud et vice-versa.

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A Moray des escaliers incrustés dans les murs permettent le passage d’une terrasse à une autre.

De plus, la construction de rigoles et d’aqueducs a permis aux Incas de réorienter le cours des sources montagneuses jusqu’aux zones cultivées. Ils pouvaient ainsi réguler l’apport en eau de chaque terrasse : plus une plante avait besoin d’eau, plus la terrasse sur laquelle elle était cultivée était irriguée.

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A droite de l’escalier, des rigoles permettaient un apport en eau constant.

 

Le site de Moray, célèbre pour ses terrasses circulaires, est un bon exemple pour montrer à quel point ces terrasses pouvaient être efficaces pour retenir et redistribuer la chaleur. Entre la terrasse la plus haute et la terrasse la plus basse la différence de température pouvait atteindre environ 5°C. Par comparaison, si aucune terrasse n’avait été construite, la variation de température entre ces deux points aurait été 10 fois moins importante, soit environ 0,5°C. D’après les archéologues ce site aurait pu servir aux Incas de centre de recherche agricole pour expérimenter de nouvelles cultures.

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Les terrasses circulaires caractéristiques du site de Moray.

Altitude 0 – Incas 1

Ce système ingénieux a permis aux Incas de cultiver en zone montagneuse des plantes poussant à l’origine dans les basses terres, marquées par un climat plus chaud et humide, comme par exemple la coca et le quinoa.

Cultiver sur des terrasses en zone montagneuse présentait aussi d’autres (nombreux) avantages, comme par exemple le contrôle de l’érosion des sols, l’augmentation de la surface cultivable et une meilleure exposition au soleil.

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Certaines terrasses du site d’Ollantaytambo sont toujours cultivées.

En ces temps de crises agricoles, d’utilisations abusives de produits phytosanitaires et de courses au rendement, il semblerait bien que nous ayons beaucoup de choses à apprendre des civilisations passées.

Cerise sur le gâteau : grâce à ces terrasses, les Incas pouvaient générer des excédents alimentaires. Afin de conserver cette importante quantité de nourriture, des silos, appelés qullqua en quechua, étaient construits dans les cités. Là encore, les Incas ont fait preuve d’ingéniosité : grâce aux ouvertures orientées face au vent, l’apport d’air frais favorisait la ventilation de la salle d’entrepôt. Les populations pouvaient alors conserver certains aliments jusqu’à 2 ans, comme par exemple le chuno (patates séchées) et le maïs.

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Silos à flanc de montagne à Ollantaytambo.

Vers une réappropriation des terrasses

Après l’invasion espagnole, ce type de culture en terrasses a été délaissé vis-à-vis d’une agriculture plus « conventionnelle ». Néanmoins, des archéologues et des passionnés tentent depuis quelques années de faire revivre ce système agricole auprès des populations locales. Au cours du voyage, nous avons observé assez peu de terrasses cultivées mais parmi elles, celles de Maras nous ont marqué. Sur ces terrasses toutes blanches, des communauté produisent du sel.

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Terrasses utiliséees pour la production de sel à Maras.

 

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